Zoom sur ... l’exploitation sexuelle

De quoi s’agit-il ?

L’exploitation sexuelle des mineurs est une forme de violence sexuelle longtemps restée dans l’ombre, qui prend aujourd’hui de nouvelles formes, notamment via les réseaux sociaux.

La Convention relative aux droits de l’enfant (CIDE) protège, par son article 34, tout enfant de moins de 18 ans contre l’exploitation et les violences sexuelles, notamment à des fins de prostitution ou de pornographie.

Ce qui caractérise l’exploitation sexuelle, c’est l’utilisation d’un enfant à des fins sexuelles par une personne ou un réseau, en échange d’argent, de cadeaux, de nourriture, d’un logement, de drogue, ou de la promesse d’avantages, et/ou pour en tirer un bénéfice financier, matériel et/ou social. L’enfant est traité comme une marchandise. Cela peut prendre la forme de pornographie, d’exploitation dans la prostitution, de traite des êtres humains, ou encore de tourisme sexuel.

💡Il est crucial de ne jamais parler de « prostitution » à propos d’un enfant. Ce n’est jamais un choix : l’enfant est pris dans un engrenage criminel basé sur la manipulation et l’emprise. C’est pourquoi la Belgique et les instances internationales excluent les termes comme « enfant prostitué » au profit d’« exploitation sexuelle de mineurs à des fins de prostitution ». Deux raisons à cela : un mineur ne peut jamais consentir à vendre son corps, il subit toujours une violence, et la responsabilité repose entièrement sur l’agresseur. De même, ne parlons pas de « pédo-pornographie » mais d’ « images de violences sexuelles sur enfants. »

💡L’exploitation sexuelle des enfants est une forme grave de traite des êtres humains, sévèrement punie par la loi. Elle peut prendre diverses formes, notamment celle d’un piège tendu par des « loverboys » : des proxénètes qui ciblent des enfants vulnérables, simulent une relation amoureuse, les couvrent d’attentions et de cadeaux, et/ou leur offrent un toit, de la nourriture, une protection ou des substances, puis les isolent pour les rendre dépendants et les exploiter sexuellement à leur profit.

Spécificités de ce public

L’exploitation sexuelle des enfants est un phénomène complexe et peu visible du grand public. Elle est caractérisée par plusieurs réalités de terrain :

  • L’absence de profil type : contrairement aux idées reçues, il n’existe pas de profil type de la victime. N’importe quel adolescent peut en être la cible, y compris des jeunes filles issues de milieux favorisés, sans vulnérabilité apparente. Les exploiteurs ciblent toutefois en priorité les jeunes traversant une période de fragilité (manque de repères, carences affectives, difficultés familiales, décrochage scolaire…).
  • Le poids des traumatismes antérieurs : un historique de maltraitance, de négligences et/ou de violences sexuelles durant l’enfance peut altérer l’estime de soi et brouiller la notion de limites corporelles, ce qui permet aux exploiteurs de s’immiscer pour installer leur emprise.
  • Le déni de son propre statut de victime : l’un des plus grands obstacles au repérage est que les jeunes victimes ne se considèrent généralement pas comme telles. Pour survivre à la violence répétée, elles développent parfois un mécanisme de dissociation : elles s’anesthésient mentalement pour ne plus ressentir la douleur ou le dégoût, et banalisent la situation en employant des termes codés ou glamourisés issus d’Internet, comme « escorte » ou « michetonnage ».
  • L’usage des addictions comme anesthésiant : la consommation d’alcool, de drogues ou de médicaments est massivement présente dans ces parcours, utilisée par les proxénètes comme moyen de soumission chimique, ou par les adolescents eux-mêmes pour tenter d’anesthésier la souffrance liée aux viols répétés.
  • La loyauté envers l’exploiteur : souvent captifs d’une emprise psychologique, les enfants victimes sont très loyaux envers leur agresseur, qu’ils considèrent parfois comme leur « petit-ami »
  • L’exploitation numérique : l’exploitation s’appuie massivement sur les réseaux sociaux. En 2024, Child Focus a traité de nombreux dossiers de “sextorsion” (chantage à la diffusion d’images intimes, touchant en particulier les garçons pour leur extorquer de l’argent) et de “sexting” non consensuel (diffusion malveillante d’images intimes sans accord). (source)

Quelques chiffres

  • Dès 12 ans, parfois moins: c’est l’âge des plus jeunes victimes d’exploitation sexuelle dans la prostitution signalées en Belgique, traduisant un rajeunissement constant au cours de la dernière décennie. En 2024, près de la moitié des victimes prises en charge par Child Focus avaient moins de 15 ans, dont des enfants de 12 et 13 ans seulement. Ce public est très majoritairement féminin. (source)
  • Près d’1 victime sur 2 est un enfant « placé » en institution : les adolescents vivant en institution sont particulièrement exposés. 55% des dossiers d’exploitation sexuelle traités par Child Focus entre 2022 et 2024 concernaient des jeunes résidant dans une structure de l’Aide à la jeunesse. Dans 94% de ces dossiers, un lien direct est établi avec la fugue : un jeune qui fuit son institution cherche désespérément une forme de sécurité (hébergement, nourriture, affection), et des proxénètes (« loverboys ») en profitent pour se présenter comme des sauveurs, avant de refermer le piège de l’emprise. (source)
  • Au moins 1 680 mineurs pris en charge par l’Aide à la Jeunesse en Fédération Wallonie-Bruxelles seraient victimes d’exploitation sexuelle, si on extrapole ce chiffre sur base des données de la protection de l’enfance en France, qui évaluent à 15 000 le nombre de jeunes victimes. Cette estimation est à prendre avec précaution, en l’absence de données belges équivalentes à ce jour. (source)
  • Un risque multiplié par 8,5 d’avoir subi des violences sexuelles antérieures dans l’enfance, par rapport aux autres jeunes pris en charge par l’Aide à la jeunesse, pour un adolescent aujourd’hui victime d’exploitation sexuelle. Les traumatismes passés altèrent l’estime de soi et brouillent les limites corporelles… ce que les proxénètes exploitent pour installer leur emprise. (source)

Bon à savoir

  • Les nouvelles formes d’exploitation sexuelle en ligne : l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux (Snapchat, Instagram, TikTok…) est devenue quasi systématique. Les recruteurs utilisent d’abord le “grooming” (un processus de séduction et de manipulation psychologique en ligne pour isoler le jeune). Ce piège glisse ensuite fréquemment vers le chantage ou la “sextorsion” (menace de diffuser des photos ou vidéos intimes) afin de maintenir l’adolescent sous emprise et de le forcer à se prêter à des actes sexuels
  • La technique du “loverboy” (proxénétisme d’adolescents) : voir ci-dessus la section « De quoi s’agit-il ? » (source)
  • Le principe de non-punition des mineurs exploités : les jeunes victimes sont souvent contraintes par leur exploiteur à commettre des délits sous la menace (vols, transport ou vente de drogue, recrutement d’autres jeunes). En Belgique, lorsqu’un mineur est identifié comme victime de traite ou d’exploitation sexuelle, la priorité est sa protection et son accompagnement, pas la sanction. Si le jeune a commis des délits sous la contrainte de ses exploiteurs, la justice doit d’abord évaluer cette situation et privilégier des mesures de protection plutôt que des poursuites pénales. (source)
  • ⚠️ Réagissez vite en cas de danger, de disparition ou de soupçon d’exploitation. Si l’enfant cesse d’aller à l’école ou disparaît de son lieu d’hébergement, alertez immédiatement la police et Child Focus, joignable par tout adulte concerné par la situation de l’enfant. Une inquiétude sérieuse suffit ; il n’est pas nécessaire d’avoir la certitude qu’une infraction a été commise. Ne confrontez jamais la personne suspectée et ne contactez pas directement un réseau ou la famille sans avoir d’abord évalué les risques avec un service spécialisé.

ℹ️ Que faire ?

  1. Contactez immédiatement la police en appelant la police au 101 (ou le 112 pour toute urgence médicale).
  2. Prévenez le tuteur et le lieu d’accueil de l’enfant
  3. Appelez Child Focus au 116 000, numéro gratuit disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
  4. Si l’enfant réapparaît, vérifiez d’abord sa sécurité et son état de santé, puis informez les services alertés.

Organismes qui travaillent sur le sujet

Un enfant vous confie être victime d’exploitation sexuelle ? Vous n’avez pas à porter cette situation seul. En Belgique, plusieurs services spécialisés, gratuits et confidentiels, proposent une écoute, des conseils et/ou une orientation (voir “Où trouver de l’aide?). Vous trouverez ci-dessous les organismes spécialisés sur l’exploitation sexuelle.

  • Child Focus : la Fondation pour les Enfants Disparus et Sexuellement Exploités, offre information, soutien et orientation aux enfants, aux familles et aux citoyens confrontés à une situation de disparition ou d’exploitation sexuelle (en ligne ou hors ligne) impliquant un mineur. Son équipe est disponible 24h/24 et 7j/7 via le numéro gratuit 116 000. www.childfocus.be
  • Les Centres spécialisés agréés pour les victimes de la traite des êtres humains : ces structures d’accueil officielles proposent un accompagnement multidisciplinaire gratuit et confidentiel (psychosocial, médical, administratif et juridique). Tout proche, professionnel ou jeune inquiet peut les contacter pour analyser une situation et évaluer les mesures de protection :
  • Les structures d’hébergement hautement sécurisées pour mineurs : après évaluation de la situation par un centre spécialisé, l’accueil résidentiel sécurisé et l’accompagnement éducatif à long terme des jeunes victimes de traite (notamment les mineurs non accompagnés (MNA)) sont assurés par des foyers partenaires agréés de l’Aide à la jeunesse :
  • La Fondation Samilia mène des actions de prévention et de sensibilisation auprès des élèves du secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles, et propose des outils pédagogiques sur la traite des êtres humains. www.samilia.org