Zoom sur ... les enfants en situation de handicap
De quoi s’agit-il ?
Les enfants en situation de handicap sont particulièrement exposés aux violences sexuelles, mais restent largement invisibilisés. Ce double tabou entoure à la fois le handicap et la sexualité. Les protéger efficacement demande de comprendre leurs vulnérabilités spécifiques, et d’adapter notre écoute à leur handicap.
La violence sexuelle s’inscrit toujours dans un rapport de domination. Plusieurs facteurs accentuent cette vulnérabilité chez un enfant en situation de handicap.
- La dépendance physique ou cognitive de l’enfant envers les adultes de son entourage (famille, soignants) peut renforcer l’emprise de l’agresseur et rendre l’opposition ou la dénonciation particulièrement difficiles.
- La confusion entre soin et transgression : habitué dès le plus jeune âge à des soins d’hygiène ou des manipulations physiques par différents intervenants, l’enfant peut avoir du mal à distinguer un geste de soin légitime d’un geste violent.
- Le manque d’accès à une information adaptée : l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS), mais aussi, plus largement, l’information sur la sexualité et sur ses propres droits, est souvent négligée pour ces enfants, faute d’outils adaptés (Facile à Lire et à Comprendre, langue des signes…). Sans ces repères, ils peuvent peiner à identifier l’emprise et à repérer l’interdit. Les services de prévention, de protection et de soutien sont eux-mêmes rarement accessibles aux personnes en situation de handicap, et encore peu pensés pour l’intersection du handicap et de l’âge.
- Une vulnérabilité genrée : à l’intersection de l’âge, du handicap et du genre, les filles en situation de handicap sont particulièrement exposées aux violences sexuelles, davantage que les garçons en situation de handicap, et davantage que les filles en général (source)
Spécificités de ce public
Les données disponibles révèlent une réalité alarmante.
- Un surrisque massif : les enfants en situation de handicap ont un risque 2,9 fois plus élevé d’être victimes de violences sexuelles. Ce risque grimpe à 4,6 fois en cas de déficience intellectuelle ou cognitive. (source)
- Une parole doublement rejetée : plus de 6 enfants en situation de handicap sur 10 (63%) qui révèlent des violences ne sont pas crus par leur entourage, 3 fois plus que pour les autres enfants (22%). Ce manque de crédibilité s’appuie sur des stéréotypes liés à la fois au handicap et à l’âge, et sur une tendance à infantiliser la victime. (source)
- Le piège de la mauvaise interprétation : les symptômes de traumatisme (automutilation, crises d’angoisse, repli, troubles du sommeil…) sont souvent attribués à tort au handicap préexistant, ce qui occulte la violence réellement subie. (source)
- Une aggravation des troubles : l’impact du traumatisme sexuel est plus sévère encore pour ces enfants en situation de handicap, et peut exacerber les troubles déjà présents.
- Des agresseurs multiples : ces enfants sont plus souvent victimes de plusieurs agresseurs, et sur des durées plus longues. La famille reste le lieu principal des violences, mais le risque en institution spécialisée y est aussi plus élevé. (source)
Bon à savoir
Mesures préventives
- Instaurez le respect de son intimité au quotidien : pour aider l’enfant à intégrer la notion de respect de son intégrité corporelle, demandez toujours son autorisation avant un soin corporel, expliquez-en le sens, et respectez son espace privé.
- Rendez l’information accessible : proposez une éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) et une information sur ses droits, dans un format adapté à son handicap.
3 points d’attention spécifiques
- Tenez compte de son handicap, en plus de son âge : adaptez le cadre de l’échange à ses besoins. Si l’enfant s’exprime difficilement par la parole, recourez à ses outils de communication habituels (ex: fiches-outils, pictogrammes, images, dessins, poupées anatomiques, ou supports simplifiés comme une « météo de l’humeur » en émoticônes).
- Restez attentif à vos propres biais : des stéréotypes liés au handicap peuvent influencer, sans que vous vous en rendiez compte, la manière dont vous accueillez la parole de l’enfant.
- Distinguez comportement habituel et signe de traumatisme avec prudence : les parents ou professionnels qui connaissent bien l’enfant peuvent vous aider à repérer un changement de comportement inhabituel, sauf si les violences pourraient impliquer l’un d’entre eux. Demandez à l’enfant lui-même quel adulte le connaît bien et en qui il a confiance.
Organismes qui travaillent sur le sujet
Un enfant en situation de handicap vous a confié être victime de violences sexuelles ? Vous n’avez pas à porter cette situation seul. En Belgique, plusieurs services spécialisés, gratuits et confidentiels, proposent une écoute, des conseils et/ou une orientation. Référez-vous à la section “Où trouver de l’aide?” de ce site. Vous trouverez ci-dessous les organismes compétents en matière de violences envers des enfants en situation de handicap:
- Inclusion asbl : association qui soutient les personnes avec un handicap intellectuel et leurs proches. Elle propose des outils d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) et de prévention des violences, adaptés aux personnes avec un handicap intellectuel. www.inclusion-asbl.be
- Garance asbl : association pionnière dans la prévention des violences. Elle propose notamment des ateliers inclusifs de prévention adaptés aux enfants, notamment via le projet Enfants CAPables.
- Le Centre de Ressources Handicaps et Sexualités s’adresse à toute personne (famille, professionnel, personne concernée) en quête d’information sur la vie affective et sexuelle liée au handicap, en Wallonie et à Bruxelles. www.handicaps-sexualites.be
- Aditi asbl : association qui apporte un soutien personnalisé, des informations et des consultations directes concernant la vie affective, intime et sexuelle des personnes avec un handicap (enfants et adultes) ainsi que de leur entourage. www.aditiwb.be
- Unia (Centre interfédéral pour l’égalité des chances) : institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination, y compris sur base de l’âge et du handicap, et promeut l’inclusion. Unia est également l’institution chargée de veiller au suivi de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH).Toute violation peut y être signalée gratuitement par l’enfant, ses parents, ou un témoin. www.unia.be/fr/