Zoom sur ... les enfants pris en charge hors de leur milieu familial

De quoi s'agit-il ?

Les enfants accueillis en dehors de leur milieu de vie familial comptent parmi les plus vulnérables de notre société. Souvent marqués par des parcours de vie douloureux avant leur prise en charge, ils font face à un surrisque majeur de subir de nouvelles violences, notamment sexuelles. Briser ce continuum de violences commence par poser un autre regard sur eux. 

Derrière ce que l’on appelle parfois administrativement le « placement », il y a des parcours de vie d’enfants qui ont besoin d’être protégés. Lorsque rester à la maison n’est plus possible pour leur sécurité ou leur équilibre, d’autres adultes prennent le relais, suite à une décision administrative, médicale ou judiciaire. L’Observatoire de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la jeunesse (OEJAJ) définit cette mesure comme :

« un processus d’hébergement d’un enfant hors de son milieu de vie familial, que ce soit au sein d’une institution (foyer) ou d’une famille d’accueil, lorsque cette mesure est imposée ou autorisée par une autorité publique, dans l’intérêt de l’enfant et en dernier ressort. »

En Belgique francophone (Fédération Wallonie-Bruxelles), cette mesure s’adresse à des enfants aux réalités très différentes :

  • Des enfants en situation de danger ou de grave vulnérabilité au sein de leur famille.
  • Des enfants ayant des besoins spécifiques (handicap physique, intellectuel, ou graves difficultés de santé mentale)
  • Des enfants isolés, sans entourage familial direct (orphelins, enfants dont les parents sont incarcérés ou hospitalisés durablement, mineurs étrangers non accompagnés (MNA)) .
  • Des mineurs ayant commis un « fait qualifié infraction » (FQI) : c’est le terme juridique belge pour un acte qui serait puni par la loi s’il était commis par un adulte. La justice des mineurs privilégie toujours l’éducation, le soin et l’accompagnement plutôt que la punition.

💡 L’importance des mots : pour ne pas réduire ces enfants à une étiquette administrative, mieux vaut éviter le terme d’enfant « placé », qui déshumanise, et parler plutôt d’« enfants accueillis hors de leur milieu familial. »

Spécificités de ce public

Derrière cette expression générale se cachent des réalités très variées. Pour répondre au mieux à l’histoire et aux besoins de chaque enfant, plusieurs types d’accompagnement coexistent en Fédération Wallonie-Bruxelles. (source)

  • Les structures de l’Aide à la Jeunesse (les foyers d’accueil) : selon l’urgence et la situation, les enfants de 0 à 18 ans sont orientés vers des services résidentiels classiques, des centres d’accueil d’urgence pour de courts séjours, ou des centres spécialisés pour difficultés psychologiques ou comportementales importantes.
  • Les familles d’accueil : l’enfant est accueilli, temporairement ou durablement, par des proches, des personnes de l’entourage élargi, ou des adultes inconnus, toujours encadrés par un Service de placement familial agréé.
  • L’accueil des Mineurs Étrangers Non Accompagnés (MNA) : à leur arrivée en Belgique, ces enfants sont accueillis dans des Centres d’Observation et d’Orientation gérés par Fedasil, avant d’être orientés vers des centres fédéraux, des structures locales (CPAS) ou des projets pédagogiques spécialisés.
  • Les services de soins de santé (médical et psychiatrique) : pour les enfants dont l’état de santé exige une prise en charge médicale via séjours en pédopsychiatrie, Unités de Traitement Intensif, ou « hospitalisations sociales » : une mesure d’urgence qui protège temporairement un enfant victime de maltraitance, en attendant une place en structure adaptée.
  • L’accueil lié au secteur du handicap : pour les enfants dont les besoins d’accompagnement quotidien (handicap intellectuel, sensoriel, physique ou polyhandicap) dépassent les capacités de leur famille, via des Services Résidentiels ou Centres d’Hébergement pour Jeunes Handicapés, agréés par les instances régionales.
  • Les Institutions Publiques de Protection de la Jeunesse (IPPJ) accueillent, en régime ouvert ou fermé, les enfants orientés par le tribunal de la jeunesse suite à un « fait qualifié infraction » (voir ci-dessus) avec une priorité donnée à la réhabilitation éducative plutôt qu’à la punition.

Bon à savoir

Des risques accrus

  • Un risque de re-victimisation : un enfant ayant déjà subi des maltraitances ou négligences a 2 à 3 fois plus de risques d’en subir à nouveau au cours de sa vie. Ayant grandi dans un climat d’insécurité, ces jeunes ont souvent du mal à identifier les limites de leur propre corps, à repérer un comportement abusif, et à oser en parler.
  • Le piège de l’exploitation sexuelle : vivre en foyer ou en famille d’accueil expose particulièrement les adolescents aux exploiteurs. Entre 2022 et 2024, plus de la moitié (55%, soit 125 sur 228) des signalements d’« exploitation sexuelle de mineurs dans la prostitution » reçus par Child Focus concernaient des jeunes qui, au moment des faits, séjournaient dans un établissement de l’Aide à la jeunesse. >> En savoir plus sur l’exploitation sexuelle

Quelques chiffres

  • Environ 1 enfant sur 100 ne vit pas avec sa famille d’origine en Fédération Wallonie-Bruxelles, tous types d’accueil confondus. (source)
  • Environ 40 000 à 44 000 enfants bénéficient chaque année d’une mesure de prise en charge de l’Administration Générale de l’Aide à la Jeunesse (en milieu ouvert ou résidentiel), un chiffre en hausse constante depuis 2021. (source)
  • Plus de 5500 enfants sont en attente d’une prise en charge adaptée en Fédération Wallonie-Bruxelles début 2025, en raison d’un système d’accueil saturé et sous pression, qui manque de places suffisantes. (source)

Organismes qui travaillent sur le sujet

Un enfant hors de son milieu familial vous confie être victime de violences sexuelles? Vous n’avez pas à porter cette situation seul. En Belgique, plusieurs services spécialisés, gratuits et confidentiels, proposent une écoute, des conseils et/ou une orientation (voir “Où trouver de l’aide?). Vous trouverez ci-dessous les organismes spécialisés.

  • Le Service de Droit des Jeunes (SDJ) : aide sociale et juridique gratuite et confidentielle pour les jeunes de 0 à 22 ans. Contactez-le pour faire valoir les droits de l’enfant face à l’institution, l’accompagner dans une démarche, ou l’aider à porter sa parole si le foyer ou la famille d’accueil ne réagit pas correctement à sa révélation. Il existe 6 bureaux en Fédération Wallonie-Bruxelles. www.sdj.be
  • Le Délégué général aux droits de l’enfant (DGDE), aussi appelé Défenseur des droits de l’enfant, est une institution publique indépendante qui veille au respect des droits de l’enfant. Contactez-le pour déposer une plainte ou une demande de médiation en cas de négligence ou de mise en danger d’un enfant dans un établissement agréé, si les démarches auprès de l’institution elle-même n’ont rien donné. www.defenseurdesenfants.be

💡Le DGDE préside aussi la Commission de surveillance, chargée de veiller au respect des droits des jeunes en Institution Publique de Protection de la Jeunesse (IPPJ) ou en Centre Communautaire pour Mineurs Dessaisis (CCMD), les structures accueillant des mineurs suite à un fait qualifié infraction (voir ci-dessus). Si l’enfant réside dans l’une de ces structures, laCommission de surveillance (CdS) peut vérifier les faits et intervenir directement. Plus d’informations